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Et quoi de neuf... Guy Colsoul ?

Divers 25-03-2021


 

Dans la foulée de ‘C’est quand qu’on va où ?’, Speed Action inaugure une nouvelle rubrique en cette fin de semaine. ‘Et quoi de neuf… ?’ donne la parole à des personnalités du sport automobile qui ne font plus nécessairement l’actualité. Mais qui ont forcément des choses à dire. On attaque ce jeudi soir avec Guy Colsoul, qui fut naguère ‘laitier de Landen’, avant de se distinguer au volant de nombreuses Opel, décrochant deux fois le titre de Champion de Belgique des Rallyes, puis de devenir le pape de la Mitsubishi Lancer Evo.

 

A désormais 74 ans, Guy Colsoul nous a reçus dans le petit cabanon du Car-Wash qu’il continue de gérer en sa patrie de Landen, au pied des bâtiments toujours badgés Guy Colsoul Rallysport. Le dernier AUTOhebdo sous les yeux, le gaillard, qui a toujours fait partie de nos préférences, a peut-être cessé toute activité en sport auto, il n’en reste pas moins fan. "Même si je dois humblement reconnaitre que tout va trop vite aujourd’hui, entame Guy. Je me renseigne sur ce qui se passe, mais toutes ces catégories et appellations me dépassent un peu. Et puis, ces voitures modernes se ressemblent toutes…"

 

Le règne de l’argent

 

Si sa dernière compétition moderne remonte au… Rallye de Côte d’Ivoire – Bandama en 2009, au volant d’une Lancer Evo9 et en compagnie de Roger Jamoul (4ème place au classement général), Colsoul reste une personne idéale pour juger la différence entre ‘son’ sport auto et celui qui est pratiqué actuellement. "Tout a changé, rien n’est plus pareil. Aujourd’hui, seules les personnes fortunées peuvent se permettre de rouler en course. Ou ceux qui parviennent à séduire de nombreux sponsors. De mon temps, un ouvrier pouvait très bien faire du rallye, tout était encore possible. Regardez les tarifs de location des voitures de rallye… Avec la Mitsubishi Lancer Evo, nous avions en fait mis le doigt sur le produit parfait, car cette auto nous permettait de pratiquer des tarifs qui restaient plus abordables. C’était la bonne voiture au bon moment. Guy Colsoul Rallysport en a loué jusqu’à 110 par an lors des belles années. Une fois que la Mitsubishi a été passée de mode, nous avons envisagé de nous rabattre sur la Porsche GT3. Mais elle était trop onéreuse, et surtout pas facile à piloter. Avec la Lancer Evo, on pouvait même se permettre d’adapter le prix de location au client. C’est ainsi que Patrick Snijers, par exemple, payait toujours plus que d’autres, car il était très vite, mais il cassait plus de pièces… La belle histoire des Lancer a tout de même duré une vingtaine d’années…"

 

A près de trois-quarts de siècle, Guy Colsoul avoue ne plus ressentir l’envie de reprendre le volant en compétition. "Je n’ai même jamais enfilé un HANS de ma vie, avoue-t-il. Mais j’ai la satisfaction d’avoir transmis le virus à mon fils Tom. J’ai disputé le Paris-Moscou en sa compagnie, ce qui lui a clairement donné l’envie de poursuivre dans la voie du copilotage. Il est devenu professionnel de la discipline en rallye-raid. Et ça, c’est très bien. Bernhard Ten Brinke, son pilote régulier, est sans doute un peu trop fougueux pour ce genre d’épreuve. C’est assez symptomatique, en fait. Regardez tous les pilotes qui viennent du rallye de vitesse et qui passent en rallye-raid : ils confondent souvent vitesse et précipitation ! Stéphane Peterhansel est l’archétype de ce genre de compétition. Il respecte la mécanique, il sait aller vite sans prendre tous les risques, et ça a payé à de multiples reprises. Avant de revendre l’Opel Manta 400, je l’ai louée plusieurs fois. Notamment lors du Rallye du Maroc Historique. Et je dois reconnaitre que j’étais assez catastrophé de voir ce que le pilote d’alors en faisait. Il n’avait aucun respect pour l’auto ! C’est là pour moi une différence avec notre époque. Cette Manta 400, on ne pouvait pas la remettre à neuf au terme d’une étape, contrairement aux bolides actuels. On abordait donc la course de manière différente, en allant vite, en assurant le show, mais en veillant à ne pas tout casser…"

 

Golden Years

 

Et Guy de se souvenir de la grande époque du rallye belge… "Je pense qu’avec Droogmans, Duez, Dumont, Snijers et les autres, nous avons bâti la popularité du rallye en Belgique ! Il est vrai que le show était fantastique à l’époque. Ce sont nos voitures qui voulaient ça. Et l’omniprésence des cigarettiers, qui avaient les moyens de rivaliser par équipes interposées. Nous sommes restés populaires auprès des fans de rallye, et je m’en étonne tous les jours. Par contre, je peux affirmer que les jeunes ne savent plus qui nous sommes ! Quand je vois arriver un père et son gamin au Car-Wash, le père explique souvent à son fils combien je l’ai fait rêver. Mais je vois directement que le fils se demande bien pourquoi…" (rire)

 

De cette période dorée, Guy retient le nombre et l’enthousiasme des spectateurs, évidemment, mais aussi… le danger que représentaient ces rallyes. "Les règles de sécurité ont évolué, et c’était essentiel. Je me souviens qu’au début des années ’90, un responsable de la fédération italienne du sport automobile m’avait dit que le rallye n’existerait plus dix ans plus tard. Il s’est trompé… mais il était urgent que les choses évoluent. Avec les Groupe B, on déboulait à 200 km/h sur des freinages où les gens étaient à 5 mètres ! On se souvient tous de l’accident de Santos au Portugal, qui avait fait plusieurs victimes. Je pense qu’en fait, en Belgique comme ailleurs, on a eu beaucoup de chance ! Combien de fois n’ai-je pas prié pour que la voiture ne connaisse pas un problème mécanique quelconque dans ces spéciales bondées de monde. Heureusement, les règles sont plus strictes aujourd’hui. Mais le risque zéro n’existe pas ! Un jour, lors d’un rallye national auquel j’assistais en spectateur, j’étais placé assez loin dans une prairie. Ludwig Lauwers est légèrement sorti de la route, et il a emmené avec lui une clôture de barbelés. Il ne s’est évidemment aperçu de rien, mais ce fil barbelé a frappé une des mes bottes. Pour le même prix, j’étais mort ! Pour moi, c’est clair, si le rallye n’était pas contrôlé et encadré comme il l’est aujourd’hui, la discipline aurait disparu et les prédictions de cet Italien auraient été avérées. D’autant que les bolides actuels sont incroyables efficaces, ce qui permet aux pilotes de couper partout. Ça va vite, très vite, mais on ne peut tout de même pas empêcher les ingénieurs de rendre les bolides toujours plus efficaces !"

 

Observateur régulier des rallyes du Championnat de Belgique, Guy Colsoul ne se scandalise pas face au calendrier de 10 épreuves actuellement proposé par les promoteurs. "Pour moi, c’est une bonne tape. Entre 8 et 10 épreuves sur une saison. Par contre, je trouve qu’il y a beaucoup trop de rallyes en général, notamment au niveau régional. Et on y laisse un peu rouler tout et n’importe quoi, vu qu’il y a toujours une catégorie qui accepte n’importe quelle voiture ! Cela comporte une part de danger…"

 

Opel, envers et contre tout

 

Si Guy Colsoul a dompté avec un total bonheur des Opel Kadett, Ascona et Manta de toutes sortes, il avoue que la concurrence était bien équipée. Parfois mieux que lui. "Souvent, les Ford Escort et les Porsche 911 étaient plus efficaces. Mais je n’aurais quitté Opel pour rien au monde, car je m’y sentais tellement bien ! Une grosse erreur dans ma carrière a été de plonger sur l’Ascona 400 dès sa sortie. Elle était en début de développement, et nous avons subi casse sur casse. Le bon plan à l’époque, c’était de faire comme Jochi Kleint, qui a décroché le titre européen en poursuivant une année de plus avec l’Ascona Gr.2. Une fois le Groupe B disparu, il y eu la Manta Groupe A. Autre période difficile, car en fait, l’usine Opel n’a jamais développé de version Groupe A de la Manta. Or, pour qu’une voiture de rallye soit efficace, elle doit être directement produite par le constructeur. Résultat : 9 Manta Gr.A sur 10 n’étaient pas conformes. A commencer par celle de Gaby Goudezeune ! Qui signait des chronos aussi rapides que les Manta 400 Gr.B ! Un jour, je me suis retrouvé dans une concession Opel à Ypres pour une remise de prix. Et le concessionnaire m’a dit qu’il était heureux d’avoir un excellent client qui lui avait acheté trois vilebrequins à 75.000 francs belges pièce ! Il s’agissait de Lahouter, le préparateur de la voiture de Goudezeune, également basé à Ypres. Tout était dit ! Je n’ai pas manqué de remercier mon informateur, qui n’a sans doute pas tout compris, et j’ai porté réclamation. Goudezeune n’a jamais présenté sa voiture pour les vérifications d’usage, et il a été déclassé…"

 

Autre voiture liée à la carrière de Guy Colsoul : la Kadett GSI 4x4 du Paris-Dakar 1986, celui de la disparition de Thierry Sabine et Daniel Balavoine. "Dans l’esprit d’Opel, il s’agissait d’un essai. Mais la garde au sol de l’auto n’était pas bonne, et Michelin ne disposait pas de pneumatiques adaptés à la Kadett. La puissance de l’auto était de 250 chevaux, et si nous avons vu l’arrivée, tant Erwin Weber que moi, les ennuis ont été nombreux. Mais la suspension était fragile et les ornières faisaient mal. Le programme a connu une fin brutale. Dommage, car tout était prêt pour une deuxième participation avec cette auto…"

 

François, Freddy et les autres

 

Durant toutes les années de location de Mitsubishi Lancer Evo sous la bannière Guy Colsoul Rallysport, le citoyen de Landen a vu défiler un nombre incroyable de pilotes. Et certains l’ont forcément marqué plus que d’autres… "Le tout meilleur, c’était François Duval, sans hésitation ! Lors d’un Rallye de Sombreffe où il roulait avec la Toyota de son père, je l’ai vu faire des trucs incroyables. Là, je me suis dit qu’on tenait un pilote du niveau mondial. Il avait un sens de l’équilibre largement au-dessus de la norme… mais il était ingérable. Je pense aussi qu’il n’a jamais eu confiance dans le moindre copilote. Il roulait à vue. François a mené sa vie comme il l’a souhaité, et je pense qu’il est content de ce qu’il a accompli. Il faut respecter cela. Dans la catégorie bosseur, Freddy Loix était lui aussi dans le peloton de tête. Je lui ai mis une voiture à disposition pendant une année et demie, au début de sa carrière. Freddy, c’était le plus malin de tous. Il reconnaissait comme un malade, ce qui était d’ailleurs la tendance de l’époque, et ce n’est évidemment plus possible aujourd’hui. Un jour, François Delecour a débarqué à Ypres et il reconnaissait une spéciale par jour ! Il avait une équipe de 17 personnes qui arrêtaient la circulation dès l’instant où il déboulait. C’était une autre époque. On savait aller vite car on connaissait tout simplement toutes les spéciales par cœur ! Freddy a beaucoup amélioré son pilotage en procédant de la sorte."

 

Et parmi les pilotes actuels, quel est celui qui séduit le grand Colsoul ? "J’ai un faible pour Cédric De Cecco, avoue Guy. Ce n’est sans doute pas le plus rapide, mais il roule avec sa tête. Et il ne casse pas les autos. C’est pour ça que l’équipe italienne Metior Sport lui apporte un tel soutien. C’est ce qu’on appelle un pilote fiable…"

 

Voilà pour ces quelques morceaux choisis. Il était midi à l’horloge du Car-Wash. Guy Colsoul a pris congé, pour rentrer chez lui, manger un morceau, se reposer, et retourner au Car-Wash pour quelques heures supplémentaires. A 74 ans, il n’est donc pas encore prêt pour une retraite au calme… (Vincent Franssen)   



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